Rallye National du Saint-Emilion 2013
Stéphane PALISSIER crée la surprise
Pour ce 22ème millésime, le Rallye National du Saint-Emilion, traditionnellement organisé le week-end suivant le pont de l'Ascension, accueillait 104 partants. Un nombre stable, pour une épreuve qui attire toujours autant, du fait de l'accueil chaleureux et du sérieux de l'Ecurie Ken-Daten, sous la coupelle de Jean-Michel Courjeau, de ses spéciales réputées très belles et sélectives, de son cadre majestueux au beau milieu du vignoble bordelais, ainsi que d'un timing attractif, composé de quatre boucle de trois spéciales regroupées sur une journée, vérifications la veille, et remise des prix le dimanche matin.
Côté course, outre la quantité, la qualité était, comme de coutume, de rigueur, et le parc fermé aux abords du bâtiment de la Cave Coopérative de Puisseguin (33) avait fière allure. Bien téméraire était celui capable d'obtenir le tiercé gagnant dans le bon ordre, tant la bagarre s'annonçait ouverte. Logiquement, l'on était en droit d'attendre Antony Mora (BMW 318 Ti Compact), pour inscrire une quatrième fois son nom au palmarès éloquent de l'épreuve girondine. Or, les coups de théâtre ont été légion tout au long des 12 spéciales à parcourir, et après l'abandon du Sarladais qui dominait de la tête et des épaules à quelques encablures de l'arrivée, c'est finalement Stéphane Palissier (Subaru Impreza WRC) qui s'arroge la couronne, seize ans après sa victoire ici même au volant d'une Lancia Delta Evo !
Dès l'entame des hostilités le samedi matin (l'expérience du prologue le vendredi soir opérée les deux dernières années ayant été abandonnée), Antony Mora se révèle le plus incisif sur la traditionnelle - et incontournable - ES de Puisseguin (15.5 kms). Derrière, Jean-Luc Roché pointe le museau de sa Peugeot 207 S2000 à 3s1, talonné par la Subaru Impreza WRC de Stéphane Palissier. Yohan Dupouy (Peugeot 306 16S, F2-14), de retour avec un moteur neuf après sept mois sans courir, prouve qu'il a conservé son coup de volant intact, puisqu'il se positionne en outsider au sein du Carré d'As, faisant jeu égal avec la Peugeot 207 S2000 du jeune espoir Normand Romain Martel. En revanche, la pluie d'abandons commence à déferler, l'une des premières victimes est Loïc Larquey (cardan), ayant loué pour l'occasion la Renault Mégane Kit-Car de Christophe Monzie. Dommage car le Bazeillais avait une carte à jouer au volant d'une telle monture, de surcroit sur une épreuve qu'il affectionne. Mickaël Terrière figure également aux abonnés absents, la mécanique de la Citroën C2 S1600 s'étant enrayée. Il en est de même pour Laurent Fauconnier (Renault Clio S1600), qui après une touchette en début d'ES, renonce finalement quelques kilomètres plus loin.
L'ES 2 de Saint-Christophe (6.250 kms) est une découverte pour l'ensemble des équipages, puisque nouvelle et fort diversifiée, mêlant portions rapides et techniques. A ce petit jeu, Mora est de nouveau le gagnant et creuse l'écart au général sur la Lionne blésoise. Mais Palissier part à l'offensive et claque le 2e temps, puis le scratch dans l'ES 3 de Montagne, si bien qu'il rentre en parc de regroupement à l'issue de la première boucle matinale en ayant délogé Roché du rang de dauphin, et avec seuls 5s4 de déficit sur la Compact dominatrice. Mais l'après-midi, Mora en remet une couche en enfilant les scratchs comme des perles, si bien qu'il porte son excédent à 23s9 sur la Japonaise au terme de l'ES 9. Quant à Roché, solidement accroché à l'ultime marche du podium, il voit cependant son bien menacé par l'autre 207 S2000 de Martel, qui, au fil des spéciales, se sent de plus en plus en osmose avec sa nouvelle monture. Mais la dernière boucle va marquer le tournant du Rallye. L'ES 11 est en effet fatale au moteur de la BMW de Mora, contraint à jeter l'éponge. Une voie royale s'ouvre donc pour Palissier, dans laquelle il s'engouffre et rentre victorieux à Puisseguin. La fin de parcours est par ailleurs profitable à Romain Martel, qui, au gré d'une superbe attaque, au cours de laquelle il s'octroie les deux derniers scratchs, coiffe sur le fil Roché pour le gain de la médaille d'argent. Yohan Dupouy affichait également un large sourire à l'arrivée finale, puisqu'il a pu retrouver les bonnes sensations au volant de sa 306, prête juste-à-temps la veille du Rallye, en terminant au pied du podium. Il est suivi par Philippe Corneau, 5e, qui a su prouvé tout au long de la journée que sa Renault Mégane 2 RS (F2-14) est belle et bien née, mais néanmoins poussé dans ses derniers retranchements par la BMW 318 Compact de Cédric De Sousa. 7e, Frédéric Purrey (Citroën C2 R2 Max) n'avait pas pour objectif de faire de la figuration sur ses terres, et l'a formidablement bien prouvé en devançant des autos bien plus affutées. Lionel Espinasse (Mitsubishi Lancer Evo 9, N4) poursuit sa série de succès accumulés depuis le début de saison, raflant la 8e place, tandis que Christophe Duigou (Mitsubishi Lancer Evo 9, A8), en proie à des ennuis mécaniques au cours du premier secteur chronométré, a par la suite entamé une belle remontée, ponctuée par une série de 5e temps, et en conclut en 9e position, au nez et à la barbe de Bertrand Guillon (Renault Mégane RS, N4), qui referme le Top Dix.

Groupe A: PALISSIER, MARTEL, ROCHE et les autres…

En Groupe A, « on reprend les même, et on recommence ». En effet, le podium du classement général se réfère à l'identique à celui du Groupe A, caractérisé également par la lutte fratricide à laquelle se sont livrés Martel et Roché pour le gain des places d'honneurs, mais en même temps pour les points à la Coupe de France ; la WRC de Palissier n'en marquant pas. Palissier s'adjuge donc naturellement, par la même occasion, la Classe A8W, tout comme Martel la A7S.
La A8 était inhabituellement faiblement représentée à Saint-Emilion, puisque seul Duigou évoluait dans cette catégorie. En A7, un joli duel s'amorçait entre Romuald Hostein (Honda Civic Type R) et Laurent Sivadier (Renault Clio Williams) ; un duel tronqué par la sortie de ce dernier lors de l'ES 3. Jean-Philippe Rousseau et Jérémie Guespin, tous deux sur Renault Clio Williams, subissaient la même punition, la faute à des goujons de roues sectionnés pour le second cité. Si bien qu'Hostein, pour son retour, a atomisé littéralement la concurrence restante, constituée par Jean Blayon (Peugeot 206 RC), et Yannick Frelaut, également sur Peugeot 206 RC.
La A6K, décimée par les abandons de Terrière et Fauconnier, n'a vu aucun de ses postulants rallier le centre névralgique du Rallye samedi soir. En revanche, si en A6, Marc Piagno a su tiré toute la quintessence de sa Peugeot 106 S16, il a toutefois dû surveiller attentivement Julien et Romain Reigniez (Citroën Saxo VTS), qui ont maintenu une pression constante. Guillaume Roget (Peugeot 106 S16) a fait preuve d'un apprentissage exponentiel de sa monture, en clôturant l'épreuve au sein du Top 30, et sur le podium de classe.
Yannick Dupouy (Peugeot 106 XSI) victime d'un câble d'accélérateur défectueux au sein de la plus petite cylindrée du Groupe A, Doryan Chollet (Peugeot 106 XSI) a pris le large pour ne plus être rejoint. Patxi Lacroix (Peugeot 106 XSI) et Geoffrey Menut (Citroën AX GTI) sont, quant à eux, resté sur la touche (mécanique).
Groupe N: ESPINASSE dans la spirale

Auteur d'un début de saison prometteur, Lionel Espinasse et Roselyne Regimbeau se sont de nouveau illustrés ce week-end aux commandes de leur Mitsubishi Lancer Evo 9. Bertrand Guillon (Renault Mégane RS), en manque de roulage, n'a pu contrecarrer leurs ambitions, même si un temps de Groupe est à mettre à son actif lors de l'ES 11. De nouveau brillantissime, Julien Séré (Renault Clio Ragnotti) se paye le luxe de figurer parmi le trio de tête.
Lionel Espinasse s'est aussi taillé la part du lion en N4 face à Guillon, laissant le Tourangeau Franck Bonzon (Subaru Impreza GT) à des années lumières, après que la mécanique lui ait joué des tours. Pierre Mainvielle (Mitsubishi Lancer Evo 8) a dû rendre les armes prématurément.
Julien Séré a fait de la N3 sa chasse gardée, seul Marvin Sorin (Renault Clio Ragnotti) s'est aventuré sur son territoire, en y laissant des plumes (mécanique dans l'ES 11). Il en a été de même pour Grégory Denié (Renault Clio Ragnotti) et Sébastien Larçabal (Peugeot 206 RC), permettant à Laurent Maurat, qui découvrait une nouvelle Clio Ragnotti, et Damien Guillé, sur une monture similaire, d'en découdre seuls pour les places d'honneurs. Ils en terminent dans cet ordre.
Epoustouflant, Damien De Wilde (Peugeot 106 S16) a tué tout suspense dans l'œuf en N2. Daniel Baillinou-Massey n'a cependant pas démérité, ne laissant que des miettes à son poursuivant, Christophe Soulier (Citroën Saxo VTS 16V), suite au retrait des Bretons Olivier et Franck Géraud (Peugeot 106 S16). La classe « biberon » a vu Thibault Mulon (Peugeot 106 XSI) faire figure d'épouvantail, aucune ES ne lui échappant. Damien Ménard (Peugeot 106 XSI) et Anthony Alvarez (Citroën AX GTI) ayant rejoint la liste des abandons sur ennuis d'ordre mécanique, et Aurélien Pourpoint (Citroën AX GTI) s'étant pris les pieds dans le tapis, la place de dauphin tombe dans l'escarcelle de Stéphane Bailloux (Peugeot 205 Rallye).

Groupe F2000: Yohan DUPOUY inespéré

Si on lui avait dit le matin même qu'il remporterait le F2000, Yohan Dupouy ne l'aurait certainement pas cru. Et pourtant, suite à l'abandon du leader Antony Mora, il a su déjouer les pièges d'une épreuve dont il a une bonne connaissance, pour tirer le meilleur de sa 306 16S sur ses adversaires, emmenées par la Mégane de Philippe Corneau. Aux arrières-postes, une âpre bataille s'amorçait entre les BMW 318 Compact de Cédric De Sousa et du local Yannick Lacouture, avant que ce dernier coupe en retraite dans l'ES 8 (mécanique), à l'instar de Franck David (Honda Civic Type R), qui s'affirmait au pied du podium avant son abandon. Les échanges ont été également rudes entre les Bavaroises d'Yves Arnaudeau (Mercedes C 180) et David Laussel (BMW 318 Compact) pour les accessits, le premier cité parvenant finalement à conserver l'avantage.
Si le scénario en Classe F2-14 s'est déroulé à l'identique du Groupe, en F2-13, Romain Favreau (Citroën Saxo VTS) a de nouveau fait étalage de son talent. Les Chaussat père et fils, poursuivant l'apprentissage de leur superbe Citroën C2, n'ont pu suivre le rythme effréné des représentants du Team « Lou Gascoun ». Venu de la Région Nantaise, Thomas Dreno (Peugeot 106 S16) repart avec la médaille de bronze.
Philippe Jamain (Peugeot 106 XSI) récolte le fruit d'un parcours sans faute en F2-12. Sa suprématie a cependant été contestée de toute part par Jérôme Diguet (Peugeot 205 Rallye), auteur de cinq meilleurs temps mais ayant dû renoncer au point stop de l'ES 10 ; il décroche cependant la palme à l'applaudimètre sur la fameuse bosse de Lussac ; et par Anthony Rambaud (Peugeot 106 XSI), qui évoluait dans son jardin, héritant du second rôle. Didier Helwin (Renault Clio 2) n'a pu défendre ses chances que jusqu'à la ligne de départ de l'ES 4, où il a dû abdiquer (mécanique).
Seuls en F211, Laurent Demars et Yves L'Official, au volant de leur Peugeot 205 Rallye arborant une nouvelle déco, se sont toutefois distingués par des chronos significatifs.
Groupe R: PURREY à domicile

Oublié l'épisode Escort Cosworth où ils n'ont pu rallier l'arrivée de « leur » Rallye durant deux éditions : Frédéric Purrey et Tony Aberlen avait à cœur de réaliser une belle prestation. Mission accomplie pour l'équipage de la représentante de la marque aux chevrons, qui a survolé les débats en Groupe R. Les époux Brun (Renault Clio R3) figurait dans leurs roues, jusqu'à qu'une maudite panne mécanique dans l'ES 10 freine leurs ardeurs. Michel Porcher (Renault Clio R3) prenait le relais, mais sortait pour le compte dans la spéciale suivante. La roue a donc tourné en faveur de Jérôme Joussely (Renault Clio R3). Il s'adjuge par la même occasion la Classe R3, qui s'est peu à peu vidée de ses prétendants, puisque Sylvain Cazalbou et Romuald Lezeau sont également à rajouter dans la liste des abandons ; sortie pour l'un, mécanique pour l'autre. Du coup, la place de poursuivant est à mettre au crédit de Nicolas Darrort (Peugeot 207 RC).
Purrey a, par la même occasion, joué les trouble-fêtes en R2, où Jean-Pierre Guinel, et Thomas Vergines, tous deux sur Citroën C2 R2, n'ont pu qu'acquiescer.

Groupe GT de Série: Régis THOMAS, à l'arrachée

Le Groupe GT de Série, une fois n'est pas coutume, était bien garni, et n'a d'ailleurs pas manqué de piment. Steve Thabard prenait le premier la poudre d'escampette, avant que sa Renault Clio V6 refuse tout service à l'arrivée de l'ES 3. Gérard Marie (Nissan 350 Z) était le mieux disposé à lui succéder, mais a vu revenir sur lui à grandes enjambées la Porsche Cayman S de Régis Thomas, venu de Bretagne. Ce dernier disposait d'une confortable avance, avant que surgissent la Renault Clio V6 de Cyril Daguzé, qui alignait une série de meilleurs temps, venant mourir à 14s6 de Thomas à l'addition finale.

Groupe Z: Daniel HARO, pour le plaisir

Fidèle au Saint-Emilion, Daniel Haro (Alfa Roméo 75 V6) a remplit son objectif, celui de rejoindre la ligne d'arrivée finale.

Une nouvelle fois, le plateau du Saint-Emilion a été écrémé par les abandons, qui atteignent presque 50 % des effectifs de départ. Finir le Saint-Emilion étant déjà un exploit en soit, on ne peut que féliciter les 56 arrivés.
A noter également qu'il a marqué les grands débuts de deux copilotes novices. Si dans la famille Le Quéau on connaissait déjà Hervé et Martine, qui assurent la sécurité sur les E.S. en tant que commissaire, nous connaissons maintenant le fils, Bastien, qui s'est lancé dans le grand bain, dans le baquet de droite de la Peugeot 106 S16 de Guillaume Roget. L'expérience s'est avérée concluante puisque l'équipage girondin s'est vu auréolé de la 3e place de classe A6, et d'une belle 30e position au général. Du côté des Marmandais, Pierre Tournié (Renault Clio 3 RS) était épaulé aussi par un nouveau venu, en la personne d'Aymeric Larribière, neveu d'un autre commissaire du Comité, Fabrice Zaïa ; comme quoi le sport automobile est une affaire de famille ! Une grosse chaleur à l'arrivée de l'ES 3 est venue perturber leur course, avant que la boite rende l'âme l'après-midi, mais ce n'est que partie remise.

Prochain Rendez-Vous : la Course de Côte de Quillan-Col du Portel (11), et le Rallye du Val Dadou (81).

Texte et photos : PQ47